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Je ne vous parlerai, bien entendu, ni de la carène, ni des sécurités, ni des machines. Le paquebot ira très vite, c’est entendu. Mais, surtout, sachez bien qu’on n’y court aucun danger. J’oserai presque vous affirmer que si quelque accident inouï tranchait en deux, tout net, un vrai paquebot, les deux moitiés flotteraient. Ainsi !… Embarquons donc sans appréhension. Les aménagements sont, par exemple, une chose très intéressante qu’il nous faut bien connaître. Il y a des cabines qui sont extérieures, il y a des cabines qui sont intérieures. Celles-ci valent moins que celles-là. Nous, gens avertis, avons donc choisi les cabines extérieures. Il y a beaucoup de salons, d’immenses salons ; il y a des salles à manger géantes, à toutes petites tables ; il y a des salons de musique, des salons de lecture, des bars anglais ou américains, je ne me rappelle plus exactement. Mon illustre confrère, Abel Hermant, fait une petite différence entre les bars anglais et les bars américains, et je ne me souviens plus lesquels de ces bars ne ferment jamais. En tout cas, ce sont les bars « ouverts la nuit » que nous allons trouver à « notre » bord. Il y a, sur le pont, des jeux de plein air ; il y a aussi force chaises longues, et, lorsque vous arrivez, comme il fait très froid, vous ne voyez pas très bien à quoi elles peuvent servir ! Attendez… Chaque chose a son temps. Mais, à coup sûr, demain, pour l’appareillage, vous mettrez, mesdemoiselles et mesdames, tous vos plus gros manteaux, toutes vos fourrures et toutes vos couvertures.
Le paquebot partira vers six heures du soir, c’est l’usage.
Et, tout de suite, j’aime mieux vous prévenir, le paquebot, en sortant, sera un peu secoué. Les abords de Marseille sont rudes. Vous aurez à peine le temps, mesdames et mesdemoiselles, d’admirer derrière vous le très extraordinaire panorama de la ville, avec son port à peu près vide aujourd’hui (les inscrits maritimes ont passé par là !), avec ses collines chargées de maisons, sa cathédrale, et Notre-Dame de la Garde, et sa grande statue dorée planant par-dessus tout… car, tout de suite, vous vous sentirez assez mal à votre aise. Oh ! vous n’aurez pas le mal de mer…, mais vous serez inquiètes ! peut-être même ne dînerez-vous pas ce premier soir. C’est dommage ! Il faudrait dîner ! Le premier dîner est de beaucoup le plus amusant. L’ahurissement complet des gens qui sont là, leur embarras de se choisir une table où ils ne se trouveront pas à côté de voisins désagréables, les présentations forcées, l’empressement des officiers du bord, commandant, commissaire, médecin, rien de plus drôle !

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