LEJAPON MODERNE 11

Je crus devoir faire un certain nombre d’articles dans la presse fran¬çaise à ce sujet. Mais on m’en refusa plusieurs : on les jugeait trop in¬vraisemblables : j’osais affirmer que la guerre serait rude, mais qu’en quelques batailles effroyables le « petit » Japon triompherait définitivement de la « grande » Russie. Plus tard, on me rendit justice. Je ne m’étais pas laissé prendre à la petitesse apparente, non plus qu’à l’imaginaire grandeur…

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Ah ! ce millénisme de 1854, date à laquelle les premiers vaisseaux américains arrivèrent dans les eaux japonaises, — quelles année digne d’être retenue, et méditée ! Il y avait alors, dans ce Japon encore féo¬dal, des luttes de clans, comme celles dont nous avons parlé dans notre dernière conférence ; tenez ! les Sadzoumas, par exemple, s’entendaient mal avec les Chochous, ceux-ci plus artistes, ceux-là plus guerriers, et se reprochant les uns aux autres leur mollesse ou leur barbarie. Il y eut entre ces vieux ennemis une réconciliation fou¬droyante dès qu’ils surent, les uns et les autres, selon la phrase histo¬rique, que « le Japon venait de manger une insulte et n’avait pu sur l’heure boire sa vengeance ». Alors, révolutions sur révolutions ! et, en quatorze ans, de 1854 à 1868, les anciens shogouns, les maires du palais, ayant endossé la responsabilité de cette déplorable affaire, dis-parurent à tout jamais, rayés du monde ! Les Mikados, les Empereurs, fils de la déesse Amatéras, de la Déesse Solaire, reprirent d’emblée tout le pouvoir, temporaire et spirituel ; et la féodalité fut supprimée d’un trait de plume. Les anciens vice-rois, les daïmios, c’est-à-dire les seigneurs héréditaires, possesseurs de fiefs, — dépossédés, remplacés par des préfets, comme en Europe ! L’instruction militaire, — modi¬fiée : plus d’escrime au sabre ou à la lance ; mais des leçons tech¬niques, et l’envoi régulier de jeunes officiers dans les écoles militaires allemandes ou françaises, dans les écoles navales françaises ou an¬glaises. Moi-même, l’an 1894, je fus, à l’Ecole Navale de Brest, le ca¬marade du prince Matsui Zinsaburo, qui est resté mon ami. Le Japon savait mettre les bouchées doubles.

1894. — Discussion entre la Chine et le Japon. Et rien qu’une ba¬taille navale ! mais la Chine est déjà vaincue. Ce qui nous fit réfléchir particulièrement, en cette affaire, nous, les marins, c’est que nous connaissions les bâtiments qui s’étaient trouvés en présence, à cette ba¬taille, la bataille de Yalou… Et nous savions donc que l’escadre chi- autour du Pacifique, il y a l’Australie, il y a la Nouvelle Zélande, toutes terres à peu près américaines de tempérament ou d’instinct. Le Japon est loin de dominer le Pacifique. D’autant que partout, en Australie, en Nouvelle-Zélande, aux Etats-Unis et même dans l’Amérique du Sud, les peuples de race blanche sont violemment hostiles aux Ja¬ponais, — aux Jaunes. — Il semble donc, d’abord, que le Japon, si puissant qu’il soit, ne soit pas de taille à faire tête contre ses voisins. — Peut-être ! Tout de même, la population du Japon augmente vite, et le Japon, n’est pas très grand. La population de l’Amérique et de l’Australie n’augmente pas ou diminue ; et leurs terres désertes sont immenses. Car n’oublions pas que l’Amérique a jadis grandi avec une rapidité extrême, mais par l’immigration seulement ; depuis que cette immigration est arrêtée ou endiguée, — les mères américaines ayant peu d’enfants, — comme en Europe, comme en France, — la popula¬tion s’est stabilisée, et tend même à fléchir. Les mères japonaises, elles, ont beaucoup d’enfants. Soyez persuadés que, dans quelque temps, le Japon ne se contentera plus de la troisième place. C’est à son profit que toutes les ruptures d’équilibre interviendront.

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