LEJAPON MODERNE 7

peints sur papier de riz, qu’il suffirait, à lui seul, pour donner l’indication du Japon, si on l’avait perdue.
Des bateliers, en longues robes bleues bariolées de grecques blanches, nous poussent assez lestement, en poussant du fond, avec des perches. Et, sur la rive opposée, nous attend un autre train où nous reprenons machinalement nos mêmes places. Encore mes voisins de tout à l’heure ; nous échangeons, en nous retrouvant, des saluts discrets ; — le colonel m’offre une cigarette.
Et le train file, toujours en plaine, avec des montagnes bleuâtres à l’horizon.
Vraiment, ce pays ressemble à notre France d’automne : des bois au feuillage jauni, et des vignes vierges courant çà et là en guirlandes rouges ; par terre, des graminées sèches et des scabieuses. Seuls, les laboureurs Couple irréprochable, assez froid, causant peu.

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A mi-route, on prie tous les voyageurs de descendre ; une large rivière est là, sur laquelle on n’a pas encore eu le temps de faire un pont ; alors on va nous passer en bateau.
Plusieurs grands bacs sont tenus prêts pour la traversée, et nous nous y entassons avec nos bagages. Tous Japonais, mes compagnons de route, bien que quelques-uns, lancés dans le progrès occidental, portent jaquette et chapeau melon ,9. // est environ dix heures ; un petit vent froid nous saisit sur cette rivière. Derrière nous, dans le lointain, on aperçoit encore le grand cône étrange du mont Fousi- Yama, avec sa cime blanche de neige ; et on l’a tellement vu et revu, au fond de tous les paysages qui travaillent aux champs diffèrent, avec leurs figures jaunes d’Asie et leurs manches pagodes en coton bleu.
Bientôt deux heures. Une grande ville parait, le train s’arrête :
— Utsunomya ! Tout le monde descend de voiture ! * (Cela se crie en japonais, naturellement.)
Il fait déjà plus frais qu’à Yokoyama : on sent le changement de latitude… et, de plus, nous nous sommes éloignés de la mer, — qui toujours réchauffe…
Au sortir de la gare s’ouvre une rue large et droite, toute neuve, improvisée sans doute depuis l’installation du chemin de fer, mais très japonaise tout de même : boutiques de bonbons, de lanternes, de ta¬bac et d’épices, avec beaucoup d’enseignes à bariolages étranges, beaucoup de banderoles flottant au bout de longues hampes ; maisons de thé en bois blanc bien neuf ; petites servantes drôles, aux aguets devant les portes, roulant des yeux en amande. Sur la voie, en¬combrement de chars à bras et d’hommes coureurs’9.
Au milieu de cette foule nippone, notre train venu de la capitale jette un instant son déballage de jaquettes et de chapeaux melon, qui bientôt se disperse, se mêle, disparaît dans les magasins et les auberges.
Pas une minute à perdre, si je veux cette nuit même arriver à la Sainte Montagne, et coucher à Nikkô, la ville des grands temples.
Du reste, les coureurs m’entourent : je suis seul Européen dans cette rue, et ils se disputent l’honneur :
Nikkô ! — répètent-ils très intéressés, — Nikkô ! au moins dix lieues !… Je veux aller jusqu’à Nikkô, et y coucher cette nuit ? — Oh ! alors, il va falloir des jambes choisies, et des hommes de relève, — et partir tout de suite, et payer cher. Les plus vaillants me montrent leurs cuisses nues, très jaunes, en se donnant des claques pour me montrer que c’est dur. Enfin, après les constations d’usage, le choix est fait et le marché conclu.

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