LEJAPON MODERNE 8

Déjeuner rapide et quelconque, dans la première maison de thé venue, mes hommes m’attendant à la porte.
Éternellement la même chose, ces maisons de thé japonaises : les petites baguettes, le riz, la sauce au poisson ; les innombrables tasses et soucoupes en fine porcelaine où sont peintes des cigognes bleues ; les servantes, toutes jeunes et bien peignées, s’inclinent en perpétuelle révérence…

Il n’est guère que deux heures et demie quand je m’installe sur mon char, d’une petitesse et d’une légèreté extrêmes. Dans un premier élan, mes coureurs, en poussant des cris, m’enlèvent avec une vitesse furieuse. Disparaissent alors, sous un nuage de poussière, les auberges, les bariolages, la foule ; tout ce qui est l’avenue de la gare 20 et le quartier neuf. Puis, nous franchissons un pont courbe, sur une rivière pleine de lotus, et le vieux Utsunomya défile à son tour : ici, des rues tortueuses, des maisonnettes en bois noirâtre où se fabriquent activement d’innombrables petites choses drôles : socques à patins pour les dames, cerfs-volants pour les demoiselles, bonbons, lanternes, parasols et guitares.

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C’est très grand, très étendu… et, malgré tout, cela passe vite, et nous voici dehors dans la campagne.
Beau soleil sans chaleur ; temps de novembre, lumineux et cependant mélancolique.
Après deux ou trois kilomètres de chemins ordinaires, à travers une plaine cultivée, nous nous engageons enfin dans cette route unique au monde, qui fut tracée et plantée il y a cinq ou six cents ans pour mener à la Montagne Sainte les longs cortèges funéraires des Empereurs. Elle est étroite, encaissée entre des talus qui font muraille ; son luxe incomparable est dans ces arbres gigantesques, sombres, solen¬nels, qui la bordent de droite et de gauche en doubles rangées com- pactes. Ce sont des cryptomérias (les cèdres japonais) assez sem-blables, pour les dimensions excessives et la rigidité de l’aspect, aux Wellingtonias géants de la Californie.

Il faut lever la tête pour apercevoir leur feuillage triste, qui forme une voûte close, à peine ajourée. A houteur de regard humain, on ne voit que des racines comme des serpents, que des troncs comme des colonnes monstrueuses, si serrés qu’ils se soudent quelquefois les uns aux autres par la base, à la manière de ces piliers doubles ou triples soutenant des églises. En pénétrant là-dessous, on est saisi par une sensation d’humidité froide, et la lumière baisse, devient comme un crépuscule vert. On éprouve aussi une impression d’imposante grandeur, qui, au Japon, est une impression rare, et l’imagination s’inquiète vaguement de savoir si longue, cette sorte de nef sans fin, qui fuit toujours à perte de vue dans une demi-obscurité… et qui, paraît-il, va continuer de se dérouler ainsi toute pareille pendant six ou sept heures, pendant dix lieues…

Oui… Et c’est au bout de ce tunnel extraordinaire que Nikkô va nous apparaître. Le tunnel s’achèvera par un pont de laque rouge, supporté sur des poutres de granit gris, et religieusement réservé au cortège funèbre des Empereurs et des maires du palais — morts. On n’a passé sur ce pont-là qu’une fois sorti de cette mesquine vie humaine, pour s’en aller définitivement vers les orgueilleuses tombes d’or pur. Et par delà le pont de marbre gris et de laque carmin, on ne découvre plus que la montagne couverte de cèdres, où dorment indéfiniment les mausolées étemels et les temples splendides…
Voici maintenant la description du plus beau de ces huit ou dix temples qui peuplent la Sainte Montagne… C’est encore à Loti que j’en appelle… Et, je vous prie, à quel autre ? Hors Lui, et l’autre génie, Ru¬dyard Kypling, qui d’entre nous jamais a compris l’Extrême, le Fabuleux Extrême-Orient ?

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